9/2 critiques

MINIMAL

Agnès Irzine  sur dansercanalhistorique (juin 2015)

« La gestuelle portée par Léonard Rainis est presque à l’opposé. Extrêmement complexe, frisant toujours une sorte d’éclatement corporel qui joue avec ce que nous savons intuitivement du corps – c’est-à-dire un tout unifié qui ne part pas dans tous les sens – il perturbe sans cesse notre perception du geste par des mouvements « parasites ». Une trémulation par ci, un déséquilibre par là, et voilà notre certitude de la ligne attaquée de l’intérieur. Les figures classiques ont beau surgir de part en part, rien ne peut contrer ce sentiment de bascule perpétuelle lié, probablement, à des transferts de poids inattendus, l’équilibre devenant alors tout relatif. Cet étrange amalgame entre la rigueur induite par un vocabulaire plutôt formel, et ce bizarre placement du corps qui amène un doute au cœur de la conduite du mouvement est tout à fait savoureux ».

 

DANCE WITH DINOSAURS

Gérard Mayen (février 2018)

« Ce texte est un extrait de courrier personnellement adressé à la compagnie par Gérard Mayen. Il fait suite à un visionnage sur petit écran (de PC),  d’une simple captation vidéo. Au vu de ces conditions, Gérard Mayen accède à notre demande de pouvoir la reproduire, mais cela en précisant qu’il ne s’agit pas là d’une critique pleinement aboutie, selon ses critères d’usage habituels ».

 » … Il m’a semblé que votre travail développe, sans concession, une belle réflexion sur les implications de l’acte même de s’exposer en scène, qu’il en fouille bien des complexités, en explore patiemment de possibles agencements. Il se fait assez passionnant que cet enjeu paraisse celui, singulier, de chacun.e des interprètes, mais aussi d’une orchestration collective de leur implication, avec ici des réminiscences d’ordre pictural ou sculptural, dans la tenue d’un imaginaire à distance, mais là une audace de l’investir jusque dans la perplexité du contact peau à peau, du toucher le plus direct, simplement assumés, mais n’esquivant pas ses implicites sensuels, qui troublent. Vous tenez cela sur une belle durée, une distance, un calme assumé de l’espace, affranchi d’un quelconque envahissement sonore.

S’il fallait se résumer, je dirais y avoir perçu une belle maturité de réflexion, et une sincérité de mise à l’épreuve, sans rapport avec ce que j’avais ressenti d’irréfléchi dans la performance que j’avais malencontreusement croisée à Paris. Cette fois, les corps paraissent tourmentés par l’acuité même des regards dont ils se savent autant porteurs que destinataires. Et la sobre implication, pourtant si entière, des interprètes, force le respect, voire inspire une admiration.  »

 

Gilles Amalvi (décembre 2016)

« Ils sont cinq – trois hommes et deux femmes. Cinq solitudes en attente – d’un lieu, d’unlien. S’apprêtant à plonger dans l’inconnu, à aller aussi loin que la réunion de leurs chairs à nu le leur permettra. Leur présence, ensemble, sur scène, n’est pas rattachée à un pourquoi : sans autre certitude que celle d’avoir un corps – sans connaître ses limites, l’étendue exacte de ses possibilités – ils sont en chemin, en devenir ; s’invente progressivement un organisme neuf, fabriqué dans un battement constant entre dedans et dehors, surface et profondeur. Attentifs à ce qui a lieu, au moindre geste, au plus infime frémissement, ils laissent infuser l’espace, agir le temps pour que s’ouvre le champ des possibles. De cette vacance va naître une tension, une aimantation des peaux qui se répercute d’un individu à un autre – forme des duos, des trios, des zones de recueillement, des constellations charnelles en expansion. L’invention d’un périmètre de jeu commun leur permet d’explorer toutes les nuances de l’être-ensemble, de passer du surgissement physique brut à des compositions stratifiées, pleines de reliefs et d’interstices : dispersés ou à l’unisson, agglutinés ou solitaires, ils façonnent des sculptures de gestes où une jambe, un bras, une cuisse, une main, un sexe apparaissent sous un jour nouveau, modelant des concrétions physiques qui transforment les contours du corps familier. Construit sur la durée, à travers une lente décantation d’états, le processus de Léonard Rainis et Katell Hartereau s’apparente au partage d’un dépassement : s’arracher aux limitations du corps socialisé, et aller puiser dans les sédiments d’une force archaïque pour trouver une sortie de soi – vers le présent. A la fois exploration intimiste de ses propres limites et interrogation collective dance with dinosaurs tend vers un épuisement des possibles. »

 

Spectacle Vivant en Bretagne/ commentaire du conseiller

Léonard Rainis et Katell Hartereau développent une recherche artistique qui s’affirme de plus en plus depuis quelques années autour de l’écriture instantanée qui prend sa source dans un travail de mise en situation intensive des interprètes dans un processus de création qui se construit dans la durée. Le résultat de ce travail nous propose 5 danseurs nus au plateau. La pièce nous amène à découvrir ces corps d’abord de façon picturale et plastique, ensuite dans le mouvement individuel et petit à petit nous rencontrons des corps et des voix à l’unisson. Les interprètes sont tous dans un mouvement qualitatif. Ce qui rend la pièce aboutie est la capacité que les deux chorégraphes ont de construire un objet artistique abstrait et brut tout en invitant les spectateurs à traverser des étapes sensibles, permettant de ne pas les laisser extérieur à ce qui habite le plateau.

 

Nathalie DIONIS / Le Tangram Scène Nationale d’Evreux-louviers

« Merci à vous pour ce moment de vraies relations humaines. Vous avez réussi à reposer la question «  d’être au monde » et de nous la faire ressentir dans nos corps. Le travail sur la présence et sur l’interprète étant intimement imbriqué à cette question. Personnellement, en voyant votre danse, j’ai retraversé des sensations corporelles, toute en bienveillance. »

Virginie Ragon « C’est audacieux. C’est embarquant. On traverse la nature humaine, sans douter,  sans tomber dans le sombre ou le pathos. »

Emilie L’Hostis « Un hommage à la danse (et non une histoire de la danse). Terriblement et profondément humain, une vérité crue, cache, sans filtre, avec l’idée de transgression, une nécessité / viscérale, une hymne à la vie, un côté positif / lumineux, généreux, audacieux. Ils dansent avec leur tripe, une mise à nu dans tous les sens du terme. Aussi profond que les grottes d’où sorte les chants, ça touche, sous l’emprise de quelques chose qui nous habite, qui nous fait sens personnellement »

Catherine Pouplain « J’en suis sortie toute « chose », ça m’a emmenée, dépaysée. C’est envoutant. Et ça, c’est très agréable. J’ai aimé le récit (en tout cas celui que je me suis fait, une sorte d’histoire du monde et une évolution des relations humaines, une évolution de la danse aussi peut-être). Le début et ce noir profond, ce mouvement très lent et imperceptible, c’est très beau. Bravo à Nicolas Bazoge pour son travail de lumière. La bande son est chouette aussi, j’ai aimé les légers bruitages, les oiseaux… La nudité est toujours très forte en danse parce que la vision du mouvement est totale. Un seul petit manque : l’émotion un peu absente pour moi mais bien sûr, c’est subjectif… En tout cas, bravo pour ce projet ambitieux, bravo de ne pas avoir peur de monter un tel projet (bravo aux danseurs). Je vous souhaite qu’il puisse exister maintenant avec le public »

 

EVERY LITTLE MOVEMENT

Thomas Hahn– avril 2014

« Que faire de la danse aujourd’hui, quand on ne fait plus confiance au lien entre l’interprétation du monde et l’invention chorégraphique ? Telle est la question que pose every little movement de la compagnie le pôle. Leurs petits moments qui interrogent un matériau gestuel issu du quotidien, du ballet ou des sports, mettant également à plat le rapport à la musique. Leur recherche est de la même trempe que celle d’un Noé Soulier, où la danse elle-même est au centre du questionnement. Ici, la continuité du temps est remplacée par une série de petits instants et question du récit se resserre sur les univers gestuels. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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